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La Gazette du Festival 33 TOUR #8 : Rencontre avec Ona Maé

Rencontre avec Ona Mae afin d’en savoir un peu plus sur cette musicienne avant son prochain concert qui se déroulera à la médiathèque du Bois Fleuri à Lormont dans le cadre du festival 33 TOUR et des Bulles Musicales / P’tit Live du Krakatoa samedi 13 juin à 10h et 11h

Bonjour, peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Mariona Villadelprat, je suis chanteuse, multi-instrumentiste et anthropologue, originaire de Barcelone et installée en Nouvelle Aquitaine depuis 2016. À travers mon projet ONA MAE, j’explore les liens entre les musiques traditionnelles, la transmission orale et les sonorités plus contemporaines. Mes compositions sont fortement inspirées par le métissage entre mes racines espagnoles et les musiques d’Afrique de l’Ouest. Je joue notamment du kamélé n’goni, une harpe mandingue.

Mon univers se décline sous différentes formes — en solo, en duo, en trio, dans des versions acoustiques ou plus électro. Je développe également un travail de médiation culturelle, notamment avec cette Bulle Musicale, Être heureux, c’est quoi ?, destinée à la petite enfance. Mais on retrouve la même envie : créer des ponts entre les cultures et faire voyager.

Comment as-tu découvert la musique ?

Je crois que je suis née en chantant. Je chante tout le temps, depuis toujours. Mon rapport à la musique s’est construit de façon très instinctive, loin des parcours académiques classiques. J’ai beaucoup appris en écoutant les autres, en observant, en reproduisant, en me trompant aussi. Très vite, j’ai compris qu’une chanson pouvait raconter une histoire, créer du lien et faire naître des émotions très fortes. C’est ce qui me fascine encore aujourd’hui.

Comment est née l’envie de devenir artiste ?

L’envie a toujours été là, mais il m’a fallu du temps pour l’assumer. J’ai toujours ressenti un besoin profond de m’exprimer à travers la musique, sans pour autant me sentir totalement légitime.

La maternité m’a donné quelque chose de paradoxal : davantage de responsabilités, mais aussi beaucoup plus de clarté. Elle m’a obligée à aller à l’essentiel, à distinguer ce qui comptait vraiment du reste. C’est à ce moment-là que j’ai compris que la musique n’était pas seulement une envie, mais un besoin profond. Cette prise de conscience m’a donné la détermination nécessaire pour me lancer pleinement dans cette aventure

Quel est ton processus de création pour un morceau ?

Souvent, tout commence par une mélodie qui arrive sans prévenir. Cette mélodie me transmet une émotion, un rythme. J’essaye de trouver l’instrument qui va avec…. la mélodie des couplets, des refrains…un possible pont… tout ça je chantonne avec un langage inventé… J’enregistre beaucoup d’idées sur mon téléphone. À la fin, viennent les mots.. c’est souvent le plus dur pour moi. J’aime aussi tester les chansons en concert : le public est parfois le meilleur co-auteur. Depuis quelque temps, je travaille beaucoup avec le pianiste du projet, Andoni Ferraris, je lui montre mes maquettes, et on arrange ensemble. À niveau d’harmonies, sons… lui est très fort!

Une carrière idéale, pour toi, ce serait quoi ?

Une carrière longue, vivante et en constante évolution. J’aimerais ne jamais perdre la joie de faire de la musique, mais aussi ne jamais cesser d’apprendre. J’aimerais continuer à expérimenter, à collaborer avec des artistes venus d’univers très différents du mien, à explorer de nouvelles esthétiques et à me laisser surprendre.

Et puis, bien sûr, j’aimerais pouvoir continuer à vivre de ma musique dans de bonnes conditions. Mon souhait est de trouver un équilibre durable, où la liberté créative puisse aller de pair avec une certaine sérénité matérielle.

Quelles sont les difficultés pour un artiste émergent ?

Trouver l’équilibre entre la création et tout le reste. Aujourd’hui, il faut être musicien, communicant, administrateur, vidéaste, comptable… Cela demande beaucoup d’énergie. Le défi est de préserver du temps pour ce qui compte vraiment : faire de la musique en gardant du temps pour soit, la famille, les amis…

Le festival 33 Tour, dans le cadre duquel tu vas te produire, se déroule dans les médiathèques de la métropole. Quel est ton rapport aux bibliothèques, es-tu une usagère régulière ?

Oui, assez régulièrement, surtout depuis que je suis mère. D’ailleurs, certains des tout premiers spectacles qu’ils ont découverts ont eu lieu dans des médiathèques.

J’aime ces lieux parce qu’ils rendent la culture accessible et proche du quotidien. Cette dimension est aussi très importante dans mon projet ONA MAE : je mène régulièrement des actions de médiation culturelle et de transmission (par exemple, la Bulle musicale que je vais jouer pour le Festival), dans des médiathèques, des établissements scolaires, des centres pénitentiaires, des hôpitaux ou des structures pour la petite enfance.

En tant qu’artiste, je m’y sens très à l’aise, car il s’y crée souvent une relation plus directe avec le public, dans un cadre intime et chaleureux.

Quelques conseils musicaux d’artistes que tu aimes ?

Guitarricadelafuente, pour sa façon très personnelle de faire dialoguer le folklore espagnol avec une esthétique contemporaine.

Lamomali, un projet collectif magnifique où se rencontrent les cultures, les langues et les générations autour des musiques mandingues.

Sílvia Pérez Cruz, pour sa manière de chanter profondément ancrée dans la culture méditerranéenne et pour la grande sensibilité poétique de ses compositions.

Un dernier mot ?

Je ne sais pas si la musique peut vraiment changer le monde. En revanche, je suis certaine qu’elle nous fait du bien et qu’elle nous rassemble. Et par les temps qui courent, c’est déjà beaucoup.

Retrouvez Ona Maé sur la Gironde Music Box